Antonín Dvořák (1841-1904)
six Duos moraves Op.32
(arrangement pour chœur mixte : Leoš Janáček)
1
Dyby byla kosa nabróšená,
dyby byla votava,
co by vona drobnó jetelinku,
co by vona šupala!
A šupaj šupaj drobná jetelinko,
co je mně po tobě,
má zlatá panenko,
co je mně po tobě,
dys ty se mně provdala!
Si ma faux était aiguisée,
Si nous étions au temps des fenaisons,
Le tendre trèfle des prairies,
Ah ! Comme elle le faucherait !
Fauche, fauche le tendre trèfle,
De toi pourquoi me soucierais-je, ma toute
belle,
De toi pourquoi me soucierais-je
Puisqu’à un autre tu as dit oui !
2
Slavíkovský polečko malý,
nebudeme, synečku, svoji,
nebudeme, néní to možná,
ani nám to,
můj synečku, tvá mama nedá.
Co pak je nám po našé mamě,
naša mama, nama neviádne.
Jenom ty mě, má panenko, jenom ty měchcej.
Jenom ty mač na debró noe ručenky podej.
Qu’il est petit, le champ de Slavikov !
Jamais, mon amoureux, nous ne nous
marierons,
Non, non, jamais, c’est impossible,
Ce tout petit lopin, jamais, mon amoureux,
Ta mère, non, jamais ne nous le donnera.
Que nous importe
Que nous importe ce que dira ma mère ?
Ma mère ne commande pas.
Dis-moi, ma mie,
Seulement que tu m’aimes,
Et pour la bonne nuit
Donne ta jolie main.
3
Letěl holúbek na pole,
aby nazobal své vole.
Jak své volátko nazobal,
pod jaborečkem posedal.
Pod jaborečkem má milá
zelený šátek vyšívá.
Vyšívá na něm vineček,
že ju opustil syneček.
Vyšívá na něm z růže květ,
že ju opustil celý svět,
vyšívá na něm vineček,
že ju opustil syneček.
Une colombe à travers champs volait,
Pour de grains y faire ripaille.
Quand elle eut rempli son jabot,
Sur un érable elle alla se poser.
Et sous cet érable,
Ma mie brode un fichu vert.
Y brode aussi une guirlande,
Car son ami l’a délaissée.
Elle y brode un bouton de rose,
Car tous, hélas, l’ont délaissée !
4
V dobrým sme se sešli,
v dobrým se rozejdem,
takeli, můj synečku, můj
na sebe zapomenem?
Já na tě zpomenu,
to nejednó v roce,
já na tě má panenko,
já na tě v každém kroce.
Amis nous nous sommes rencontrés,
Amis nous nous séparerons.
Allons-nous nous oublier ?
Dis-moi, dis-moi mon amoureux,
Allons-nous donc nous oublier ?
Je penserai à toi
Bien plus qu’une fois l’an,
Je penserai à toi
À toi je penserai,
Ma mie, à chaque instant.
5
Šlo děvče na travu
na lučku zelenu.
Němohlo ji nažát
pro rosu studenu.
Po lučce chodilo,
žalostně plakalo.
Nadešlo tam šípek,
na tym šipku kvitek.
Kvitku, milý kvitku,
já tebe utrhnu.
Nětrhaj mne v zimě,
moja krasa zhyně.
Nětrhaj mne v letě,
dy slunečko peče.
Nětrhaj mne v zimě,
moja krasa zhyně.
Utrhni mne z jara,
moja krasa stala.
Une fille allait au champ,
Sur la prairie verte,
Mais ne put herbe faucher,
Trop fraîche était la rosée.
Par la prairie s’en allait,
Pleurant chaudes larmes.
Y trouva un églantier,
Y vit une rose.
Rose, fleurette chérie,
Je te cueillerai.
Ne me cueille pas l’hiver,
Ma beauté se fanerait,
Ne me cueille pas l’été,
Le soleil me brûlerait.
Mais cueille-moi au printemps,
Je serai belle longtemps.
1
Dyby byla kosa nabróšená,
dyby byla votava,
co by vona drobnó jetelinku,
co by vona šupala!
A šupaj šupaj drobná jetelinko,
co je mně po tobě,
má zlatá panenko,
co je mně po tobě,
dys ty se mně provdala!
Si ma faux était aiguisée,
Si nous étions au temps des fenaisons,
Le tendre trèfle des prairies,
Ah ! Comme elle le faucherait !
Fauche, fauche le tendre trèfle,
De toi pourquoi me soucierais-je, ma toute
belle,
De toi pourquoi me soucierais-je
Puisqu’à un autre tu as dit oui !
2
Slavíkovský polečko malý,
nebudeme, synečku, svoji,
nebudeme, néní to možná,
ani nám to,
můj synečku, tvá mama nedá.
Co pak je nám po našé mamě,
naša mama, nama neviádne.
Jenom ty mě, má panenko, jenom ty měchcej.
Jenom ty mač na debró noe ručenky podej.
Qu’il est petit, le champ de Slavikov !
Jamais, mon amoureux, nous ne nous
marierons,
Non, non, jamais, c’est impossible,
Ce tout petit lopin, jamais, mon amoureux,
Ta mère, non, jamais ne nous le donnera.
Que nous importe
Que nous importe ce que dira ma mère ?
Ma mère ne commande pas.
Dis-moi, ma mie,
Seulement que tu m’aimes,
Et pour la bonne nuit
Donne ta jolie main.
Les Duos moraves occupent une place décisive dans la carrière d’Antonín Dvořák.
Dans les années 1870, alors encore peu connu, le compositeur enseigne la musique à Prague dans la
famille Neff, où l’on aime chanter en amateur. C’est pour ces moments musicaux domestiques que
Dvořák compose une série de duos inspirés par la poésie et les mélodies populaires de Moravie.
Ces pièces séduisent immédiatement par leur fraîcheur, leur spontanéité et leur délicatesse.
Le cycle attire l’attention de Johannes Brahms, membre du jury chargé d’attribuer les bourses d’État
autrichiennes. Enthousiasmé, Brahms recommande vivement l’œuvre à son éditeur Fritz Simrock :
« Vous y trouverez du plaisir comme moi. Dvořák est sans aucun doute un homme très talentueux. »
La publication des Duos moraves en 1878 marque le début de la reconnaissance internationale de
Dvořák et conduira bientôt à la création des célèbres Danses slaves.
Dans l’arrangement choral réalisé plus tard par Leoš Janáček, ces chants conservent toute leur
spontanéité et leur parfum populaire.
6 et 7 juin 2026 église Saint-Rémy Dieppe
direction Frédéric Rouillon
piano à quatre mains Nicolaï Maslenko, Anne-Céline Barrère